Colère
Graines de Force
Mise à la Terre
Bienvenue à toutes et tous.
- Prenez le temps de vous installer confortablement...
- Laissez votre colonne vertébrale retrouver sa droiture, son axe naturel...
- Laissez vos épaules se détendre... la nuque s’assouplir... en conscience...
- Laissez votre respiration retrouver son flux et son reflux naturels...
- Maintenez votre conscience de l’inspir et de l’expir...
- À chaque expir, nous libérons du dioxyde de carbone et nous pouvons sentir les frontières de notre corps devenir floues.
- Le corps est un vortex de l’environnement et tous les éléments qui le composent vont retourner à leur élément.
- Il s’agit en fait d’un joyeux retour à la source : il y a une sorte d’extase dans cette libération des éléments du corps :
- la partie aérienne en nous retrouve l’air, le vent,
- la partie terrienne s’infiltre dans le sol,
- la partie fluide coule en rivière et en océan,
- et la partie feu brûle avec le soleil.
- Alors que les éléments de notre corps se sont dissouts et sont retournés à leurs matrices respectives, prenons conscience, à l’inspir, qu’il y a un centre, un noyau énergétique qui survit à la dissolution.
- Sur chaque expir, notre souffle s’étend de plus en plus loin pendant que notre corps fond et fusionne avec le corps de la planète. Quand nous atteignons le point le plus avancé de notre expir, nous n’avons pas besoin d’inspirer... car nous sommes inspirés.
- Le souffle créateur nous remplit et anime ce centre, ce noyau énergétique qui survit à la dissolution, qui est notre corps de résurrection.
- Ainsi plus nous approfondissons l’expir, mieux nous faisons l’expérience du souffle créateur qui prend la relève à l’inspir.
- L’univers entier oscille continuellement entre le non‑être et l’être, et à chaque instant toute la matière fond et se résorbe dans le vide, puis est re‑née à nouveau.
Vers l’Unique,
La perfection d’amour,
d’harmonie et de beauté,
Le seul Être,
Uni à toutes les âmes illuminées,
Qui forment l'incarnation du messager,
L’Esprit‑guide.
Merci beaucoup Amina pour ton introduction si belle et si profonde, présentant les principaux thèmes vers lesquels nous allons tourner notre concentration et à propos desquels des échanges et des pratiques seront partagés tout au long de cette retraite. Merci à Lisa aussi.
En parlant de la nature profonde des éléments présents aussi bien dans la sphère physique que dans les plans plus subtils, Murshid souligne que « même le souffle a cinq éléments différents, et que nous agissons selon l’élément particulier qui prédomine à un certain moment.
On ressent le besoin de se retirer, on se sent lourd quand c’est la terre qui est prédominante dans le souffle. On est réceptif et sociable quand l’élément eau est prédominant dans le souffle. On ressent le désir de s’exprimer, d’imaginer ou d’être physiquement actif quand l’élément air est prédominant dans le souffle. Enfin on est en colère quand l’élément feu traverse le souffle. »
A cette étape de notre voyage ensemble, nous allons considérer ce qui se passe quand l’élément feu traverse notre souffle, autrement dit nous allons nous demander qu’est‑ce qu’est cette braise ardente qui se consume tant dans l’être humain ?
La colère est l’une des émotions humaines fondamentales, naturelles, qui fait partie des émotions de base comme la peur, la tristesse, la joie ou le dégoût. Toutes ces émotions ont été affinées au cours de l’histoire de l’humanité.
La colère est une partie ancienne des mécanismes de défense qui nous ont permis de survivre, de nous adapter et de nous défendre, ce qui en fait un instinct de survie nécessaire. Elle était et elle peut être encore une réponse tout à fait normale.
La colère est un phénomène vivant, une énergie qui, une fois surgie à la surface, a besoin de temps pour s’apaiser. Elle est phénomène mental mais étroitement liée aussi à des processus biologiques et biochimiques. Elle provoque des tensions sur nos muscles et nos articulations. Elle a des conséquences sur nos systèmes nerveux, hormonal, cardiovasculaire et sur notre activité cérébrale. La libération prolongée des hormones de stress qui accompagnent la colère peut même détruire les neurones dans les zones du cerveau qui sont associées au jugement et à la mémoire à court terme. Et elle peut affaiblir le système immunitaire.
Aussi chaque fois qu’elle surgit, l’énergie de la colère accable notre corps et notre mental. Cela fait partie de notre nature de porter en soi, à l’état de graine, des émotions positives et des émotions négatives. Si l’on arrose une graine positive de joie par exemple, on éprouvera un sentiment de bonheur. Si l’on arrose une graine négative de jalousie ou de colère, on ressentira du mal‑être. La joie ou la colère demeurent des graines tant qu’elles restent ensevelies dans nos profondeurs inconscientes et qu’elles ne sont pas stimulées. Mais elles se transforment en constructions mentales dès qu’elles se manifestent jusque dans notre conscience.
Chacun de nous porte une graine de colère dans les profondeurs de sa conscience. Quand elle ne se manifeste pas, les sentiments négatifs ne sont pas éprouvés. Par contre, si par exemple quelqu’un stimule en nous cette graine de colère par ses actes ou ses paroles, elle va aussitôt se manifester de manière explicite.
Thich Nhat Hanh évoque la colère comme étant semblable à une fleur qui, dès que l’on en prend soin en conscience, commence à s’ouvrir. De même, c’est en en prenant soin que notre colère pourra s’ouvrir et que l’on pourra en découvrir la véritable cause, la racine et l’intention qu’il y a derrière.
Pour Murshid « la colère est un rythme » et il affirme même qu’ « une personne qui ne bataille pas une fois par semaine n’est pas vivante. ». La bataille fait partie de la vie.
Pour que surgisse la colère, il y a toujours des éléments déclencheurs, qu’ils soient internes ou externes. Cependant les seuils de colère de chacun sont bien différents, tout comme les situations et les expériences qui mettent en colère. On constate souvent que ce qui met une personne en colère peut ne pas déranger une autre personne.
Nous pouvons repérer différentes sortes de colère :
- La colère en tant quemécanisme instinctif de défense lorsque l’on se sent menacé ou piégé. C’est une colère très instinctive, très basique pour éloigner le ressenti d’une menace ou comme voie de décharge d’une peur subite trop intense.
- La colère peut se manifester comme réponse émotionnelle face à une attente insatisfaite, une déception, une frustration, une perte de contrôle, ou face à une faible tolérance à toutes sortes de désagréments de la vie quotidienne, etc.
- Et il y a la colère comme arme pour tenter d’exercer une domination, une intimidation, une manipulation ou un contrôle sur une autre personne.
- La colère en tant que comportement répétant une violence transmise par une autre personne, pendant l’enfance en particulier par exemple, violence que l’on a intériorisée, à laquelle on s’est identifié de façon inconsciente et qui s’exprime dans des situations semblables.
- La colère en tant qu’indignation morale face aux injustices du monde, telles des relations abusives, toutes sortes de perversion, ou l’oppression des droits de l’homme sous les multiples formes qu’elle peut prendre.
- Et la sainte colère des prophètes, colère puissante et majestueuse mais aimante et miséricordieuse comme celle du Christ face aux marchands du Temple ou de Moïse alors qu’il descendait de la montagne avec les tables de la Loi, de l’Alliance avec Dieu, et qu’il vit son peuple adorant le veau d’or dans la vallée,... pour ne citer qu’eux deux...
- Et bien sûr le si Puissant Courroux de Dieu né de Son Amour et de Sa Miséricorde pour Sa Création, colère divine maintes fois évoqué dans la Bible ou le Coran...
La colère est profondément enracinée dans l’être. C’est quand elle s’ouvre d’elle‑même que l’on a l’opportunité d’en découvrir la véritable cause. Ses racines plongent principalement dans le terreau de l’ignorance, de l’inconnu ou du mystère, des perceptions erronées, du manque de compréhension et de compassion. Mais ses racines peuvent aussi plonger, à l’opposé, dans les forces de vie pour mieux nous mobiliser face à toutes sortes de corruptions.
Toutefois, chaque fois que l’on épanche sa colère, on nourrit ses racines qui produisent alors encore plus de colère. C’est le danger de la stricte décharge émotionnelle. C’est‑à‑dire que dans le va‑et‑vient de l’expression de décharge de la colère entre autrui et soi, elle (la colère) se renforce et forme des sortes de nœuds intérieurs qui vont se cristalliser, devenant beaucoup plus difficile à défaire et à transformer et mettant beaucoup de temps à disparaître.
Nous avons une forte tendance à imputer la responsabilité de nos tourments à autrui. Nous ne comprenons pas que la colère est avant tout notre affaire et qu’une analyse en profondeur permettrait de découvrir que les graines de la colère se trouvent en soi.
Thich Nhat Hanh propose la métaphore de l’incendie pour aider à mieux comprendre l’enjeu :
« Si un incendie ravage votre maison, nous dit-il, la chose la plus urgente à faire est de tenter de l’éteindre, et non de courir après celui que vous croyez être responsable. Si vous le pourchassez, les flammes réduiront votre maison en cendres. Il ne serait pas sage d’agir ainsi.
Vous devez absolument tout faire pour éteindre le feu. De même, lorsque vous êtes en colère, en continuant à vous disputer avec l’autre personne, en cherchant à la punir, vous agissez exactement comme celui qui court après l’incendiaire pendant que sa maison est dévorée par les flammes. »
Ensuite pour éteindre un incendie, les pompiers, une fois appelés, ont besoin d’un équipement approprié. Il leur faut des échelles, de l’eau et des vêtements qui les protègent du feu. Ils doivent maîtriser de nombreuses techniques tant pour se protéger que pour combattre les flammes.
Quand vous êtes consumé par la colère et que vous revenez en vous, c’est comme si vous entriez dans un incendie. Sans un bon équipement, vous ne pouvez pas vous aider et plus encore, vous pourriez devenir vous‑même victime du feu.
Alors que, comme le dit Jung, « tout ce qui nous irrite chez l’autre pourrait nous aider à mieux nous comprendre. »
Tout à l’heure, Nadia Qalbi va nous conduire dans une expérience profonde de transformation de la colère. Ce qui est proposé maintenant est un petit moment différent, centré sur une expérience avant la transformation, en faisant un retour en arrière sur une période passée de votre vie lors de laquelle vous avez été confrontée à la colère, de manière forte avec une ou des personnes.
- Souvenez‑vous de l’époque, du lieu, de la ou des personnes.
- Maintenant souvenez‑vous du contexte, souvenez‑vous de votre ressenti initial.
- Choisissez d’observer dans cette situation, l’étape lors de laquelle vous étiez complètement emporté dans votre colère, sans recul, sans retour sur vous, juste emporté dans votre ressenti.
- Vous souvenez‑vous dans quel état physique vous vous êtes retrouvé ?
- Vous souvenez‑vous dans quel sentiment ? Dans quelles natures de pensées ? Regardez !
- Pouvez‑vous voir où vous ont conduit vos réactions instinctives ? Portez un regard profond !
- Quelle sorte de colère expérimentiez‑vous dans cette situation ?
Pour Jung, « l’émotion est ce moment où l’acier rencontre une pierre et en fait jaillir une étincelle car l’émotion est la source principale de toute prise de conscience »
Pouvez‑vous vous souvenir de l’instant lors duquel a jailli la toute première étincelle de conscience, dans le cadre de cette expérience de colère ? Ou n’a t‑elle pas jailli dans ce cas‑là ? Peut être a‑t‑elle jailli plus tard dans une autre situation de votre vie...
Car tant que l’étincelle ne jaillit pas, les expériences de colère se représentent jusqu’à ce que ce qui cherche à être entendu puisse enfin être saisi.
Jung le dit en allant plus loin encore : « Ceux qui n’apprennent rien des faits désagréables de leur vie forcent la conscience cosmique à les reproduire autant de fois que nécessaire pour apprendre ce qu’enseigne le drame de ce qui est arrivé. »
Comment aller vers la transformation ?
Alors comment faire, comment aller vers la transformation ?
- Quand la colère se manifeste, le premier pas est de reconnaître sa présence et d’accepter d’en prendre soin. Il est conseillé de ne rien dire et de ne rien faire sous son emprise, car dans le cas contraire, tout ce que l’on dit ou fait détériore généralement encore plus la situation.
- Revenir en soi en conscience, une conscience qui ne cherche ni à la combattre ni à la faire disparaître.
- Puis comme pas suivant, avoir recours à la pratique d’un regard profond. Cela va permettre d’appréhender en conscience la situation, de mieux comprendre les difficultés des autres et leurs désirs profonds.
- C’est de la compréhension que peut naître le plus grand apaisement. Une autre énergie peut être invitée et là, en cette étape, grâce à l’attention portée sur notre souffle, l’« équipement approprié » est alors la compassion, qui peut être nourrie et maintenue vivante.
- C’est en étant pleinement présent, attentif, conscient de ce qui se passe, que nous pouvons nous relier à l’énergie de Bouddha, de Jésus, du Saint Esprit, ou de la Pleine Conscience, grâce au fait d’être conscient de la respiration.
« Lorsque l’on pratique la respiration consciente pour maîtriser notre colère,
nous sommes sous la protection du Bouddha »
nous dit Thich Nhat Hanh. Nous pouvons imaginer que Tara, Marie, Jésus, Mohamed ou le Saint‑ la Sainte ou Prophète de notre choix, nous enveloppe de sa grande compassion et de son amour.
« Nous pouvons transformer notre mer de feu intérieur en un lac de fraîcheur. »
Thich Nhat Hanh
- Nous allons pratiquer la respiration de la purification avec le feu. (Inspir par la bouche ‑ Expir par le nez)
- A l’Inspir : une flamme monte du chakra de la base dans le hara, (deux doigts sous le nombril) puis dans le plexus solaire.
Nous sommes conscient de la combustion en nous. L’oxygène que nous inspirons permet la combustion, dans nos cellules, du carbone que nous avons absorbé par notre alimentation. Nous laissons s’intensifier le feu dans la base rouge braise, dans le hara orange et dans le plexus solaire jaune soleil. - A l’expir : c’est dans le cœur que le feu va se transmuter en lumière.
Ainsi, ce qui est augmentation de chaleur dans les centres énergétiques inférieurs va être transmuté en lumière à partir du cœur en s’élevant le long de la colonne vertébrale. Le feu a la capacité de transformer ce que nous croyons être (notre ego) pour que notre lumière intérieure devienne active, et se révèle, pour que la Lumière divine se manifeste.
- A l’Inspir : une flamme monte du chakra de la base dans le hara, (deux doigts sous le nombril) puis dans le plexus solaire.
- Il y a des qualités divines que l’on peut développer et qui peuvent aider à la transformation de la colère. Nous allons invoquer les noms de ces qualités divines en les répétant.
Pîr Vilayat nous disait souvent : « Quand nous répétons un nom divin, un wasifa, nous pensons que c’est nous qui découvrons le divin dans notre personnalité, mais il faudrait ajouter que nous découvrons la nature divine par le fait de L’actualiser. »
Les soufis en effet affirment que du fait de L’actualiser, on Le découvre. Les attributs divins sont le pont entre la Splendeur divine derrière l’Univers et Sa Manifestation dans l’Univers. C’est pourquoi les soufis attachent une telle importance aux wasaïf.- Al Tawwâb Celui qui ne cesse de faire retourner est Celui qui fait revenir d’un état à un autre état. Celui qui fait revenir l’homme à la conversion. C’est aussi la qualité de Dieu qui accepte le repentir. Et parmi les serviteurs qui se revête de cette qualité, celui qui retourne sans cesse est celui qui renonce à lui‑même et à toute autre chose, en revenant vers son Seigneur.
- Al Shahîd Le Témoin Universel. Celui qui est présent et qui te voit. Il est le Témoin qui témoigne de toutes les choses et qui est présent à toute chose. « Adore Dieu comme si tu Le voyais, car, même si tu ne Le vois pas, Lui te voit ».
- Al Sabûr Dieu Patient. Celui qui, même s’il est très offensé, se retient en s’abstenant d’exercer des représailles à leurs offenses, bien qu’ Il ait le pouvoir de l’exercer.
- Ya Tawwâb ‑ Ya Shahîd ‑ Ya Sabûr 11x puis fikr et fikr‑as‑sirr.
Et puis bien sûr, dans le processus de la transformation, advient le pardon, Al Ghafûr, grande étape, si essentielle qu’elle cherchera tout au long de la vie, et jusqu’à la fin, à se frayer une voie pour s’actualiser... - Al Ghafûr Celui qui pardonne tout, Celui qui déploie le voile protecteur du pardon qui couvre les fautes. « La rancune nous emprisonne au niveau personnel, le pardon nous libère pour que nous puissions nous approcher de la lumière au‑delà des limitations du niveau existentiel. Nous avons le choix. » Pîr Vilayat Inayat Khan.
« Celui qui veut s'élever dans les mondes de lumière céleste doit tout d'abord surmonter son ressentiment, puis changer sa conception de la lumière en déplaçant son attention de la base physique de la lumière vers ses dimensions indescriptibles et sublimes au‑delà de la condition existentielle, et ensuite, au lieu de s'identifier à son aura, s'identifier à la lumière de son intelligence. On apporte alors, par l'éclat de ses yeux, une lumière céleste sur la terre. »
Pîr Vilayat Inayat Khan
- Ya Alî Le Très‑Haut, L’Elevé , Le Sublime.
- Ya Nûr La Lumière, Celui qui illumine.
- Ya Alî ‑ Ya Nûr (3x)
Graines de Force
Bienvenue à toutes et tous.
- Prenez le temps de vous installer confortablement...
- Laissez votre colonne vertébrale retrouver sa droiture, son axe naturel...
- Laissez vos épaules se détendre... la nuque s’assouplir... en conscience...
- Laissez votre respiration retrouver son flux et son reflux naturels...
- Maintenez votre conscience de l’inspir et de l’expir...
- À chaque expir, nous libérons du dioxyde de carbone et nous pouvons sentir les frontières de notre corps devenir floues.
- Le corps est un vortex de l’environnement et tous les éléments qui le composent vont retourner à leur élément.
- Il s’agit en fait d’un joyeux retour à la source : il y a une sorte d’extase dans cette libération des éléments du corps :
- la partie aérienne en nous retrouve l’air, le vent,
- la partie terrienne s’infiltre dans le sol,
- la partie fluide coule en rivière et en océan,
- et la partie feu brûle avec le soleil.
- Alors que les éléments de notre corps se sont dissouts et sont retournés à leurs matrices respectives, prenons conscience, à l’inspir, qu’il y a un centre, un noyau énergétique qui survit à la dissolution.
- Sur chaque expir, notre souffle s’étend de plus en plus loin pendant que notre corps fond et fusionne avec le corps de la planète. Quand nous atteignons le point le plus avancé de notre expir, nous n’avons pas besoin d’inspirer... car nous sommes inspirés.
- Le souffle créateur nous remplit et anime ce centre, ce noyau énergétique qui survit à la dissolution, qui est notre corps de résurrection.
- Ainsi plus nous approfondissons l’expir, mieux nous faisons l’expérience du souffle créateur qui prend la relève à l’inspir.
- L’univers entier oscille continuellement entre le non‑être et l’être, et à chaque instant toute la matière fond et se résorbe dans le vide, puis est re‑née à nouveau.
Vers l’Unique,
La perfection d’amour,
d’harmonie et de beauté,
Le seul Être,
Uni à toutes les âmes illuminées,
Qui forment l'incarnation du messager,
L’Esprit‑guide.
Merci beaucoup Amina pour ton introduction si belle et si profonde, présentant les principaux thèmes vers lesquels nous allons tourner notre concentration et à propos desquels des échanges et des pratiques seront partagés tout au long de cette retraite. Merci à Lisa aussi.
En parlant de la nature profonde des éléments présents aussi bien dans la sphère physique que dans les plans plus subtils, Murshid souligne que « même le souffle a cinq éléments différents, et que nous agissons selon l’élément particulier qui prédomine à un certain moment.
On ressent le besoin de se retirer, on se sent lourd quand c’est la terre qui est prédominante dans le souffle. On est réceptif et sociable quand l’élément eau est prédominant dans le souffle. On ressent le désir de s’exprimer, d’imaginer ou d’être physiquement actif quand l’élément air est prédominant dans le souffle. Enfin on est en colère quand l’élément feu traverse le souffle. »
A cette étape de notre voyage ensemble, nous allons considérer ce qui se passe quand l’élément feu traverse notre souffle, autrement dit nous allons nous demander qu’est‑ce qu’est cette braise ardente qui se consume tant dans l’être humain ?
La colère est l’une des émotions humaines fondamentales, naturelles, qui fait partie des émotions de base comme la peur, la tristesse, la joie ou le dégoût. Toutes ces émotions ont été affinées au cours de l’histoire de l’humanité.
La colère est une partie ancienne des mécanismes de défense qui nous ont permis de survivre, de nous adapter et de nous défendre, ce qui en fait un instinct de survie nécessaire. Elle était et elle peut être encore une réponse tout à fait normale.
La colère est un phénomène vivant, une énergie qui, une fois surgie à la surface, a besoin de temps pour s’apaiser. Elle est phénomène mental mais étroitement liée aussi à des processus biologiques et biochimiques. Elle provoque des tensions sur nos muscles et nos articulations. Elle a des conséquences sur nos systèmes nerveux, hormonal, cardiovasculaire et sur notre activité cérébrale. La libération prolongée des hormones de stress qui accompagnent la colère peut même détruire les neurones dans les zones du cerveau qui sont associées au jugement et à la mémoire à court terme. Et elle peut affaiblir le système immunitaire.
Aussi chaque fois qu’elle surgit, l’énergie de la colère accable notre corps et notre mental. Cela fait partie de notre nature de porter en soi, à l’état de graine, des émotions positives et des émotions négatives. Si l’on arrose une graine positive de joie par exemple, on éprouvera un sentiment de bonheur. Si l’on arrose une graine négative de jalousie ou de colère, on ressentira du mal‑être. La joie ou la colère demeurent des graines tant qu’elles restent ensevelies dans nos profondeurs inconscientes et qu’elles ne sont pas stimulées. Mais elles se transforment en constructions mentales dès qu’elles se manifestent jusque dans notre conscience.
Chacun de nous porte une graine de colère dans les profondeurs de sa conscience. Quand elle ne se manifeste pas, les sentiments négatifs ne sont pas éprouvés. Par contre, si par exemple quelqu’un stimule en nous cette graine de colère par ses actes ou ses paroles, elle va aussitôt se manifester de manière explicite.
Thich Nhat Hanh évoque la colère comme étant semblable à une fleur qui, dès que l’on en prend soin en conscience, commence à s’ouvrir. De même, c’est en en prenant soin que notre colère pourra s’ouvrir et que l’on pourra en découvrir la véritable cause, la racine et l’intention qu’il y a derrière.
Pour Murshid « la colère est un rythme » et il affirme même qu’ « une personne qui ne bataille pas une fois par semaine n’est pas vivante. ». La bataille fait partie de la vie.
Pour que surgisse la colère, il y a toujours des éléments déclencheurs, qu’ils soient internes ou externes. Cependant les seuils de colère de chacun sont bien différents, tout comme les situations et les expériences qui mettent en colère. On constate souvent que ce qui met une personne en colère peut ne pas déranger une autre personne.
Nous pouvons repérer différentes sortes de colère :
- La colère en tant quemécanisme instinctif de défense lorsque l’on se sent menacé ou piégé. C’est une colère très instinctive, très basique pour éloigner le ressenti d’une menace ou comme voie de décharge d’une peur subite trop intense.
- La colère peut se manifester comme réponse émotionnelle face à une attente insatisfaite, une déception, une frustration, une perte de contrôle, ou face à une faible tolérance à toutes sortes de désagréments de la vie quotidienne, etc.
- Et il y a la colère comme arme pour tenter d’exercer une domination, une intimidation, une manipulation ou un contrôle sur une autre personne.
- La colère en tant que comportement répétant une violence transmise par une autre personne, pendant l’enfance en particulier par exemple, violence que l’on a intériorisée, à laquelle on s’est identifié de façon inconsciente et qui s’exprime dans des situations semblables.
- La colère en tant qu’indignation morale face aux injustices du monde, telles des relations abusives, toutes sortes de perversion, ou l’oppression des droits de l’homme sous les multiples formes qu’elle peut prendre.
- Et la sainte colère des prophètes, colère puissante et majestueuse mais aimante et miséricordieuse comme celle du Christ face aux marchands du Temple ou de Moïse alors qu’il descendait de la montagne avec les tables de la Loi, de l’Alliance avec Dieu, et qu’il vit son peuple adorant le veau d’or dans la vallée,... pour ne citer qu’eux deux...
- Et bien sûr le si Puissant Courroux de Dieu né de Son Amour et de Sa Miséricorde pour Sa Création, colère divine maintes fois évoqué dans la Bible ou le Coran...
La colère est profondément enracinée dans l’être. C’est quand elle s’ouvre d’elle‑même que l’on a l’opportunité d’en découvrir la véritable cause. Ses racines plongent principalement dans le terreau de l’ignorance, de l’inconnu ou du mystère, des perceptions erronées, du manque de compréhension et de compassion. Mais ses racines peuvent aussi plonger, à l’opposé, dans les forces de vie pour mieux nous mobiliser face à toutes sortes de corruptions.
Toutefois, chaque fois que l’on épanche sa colère, on nourrit ses racines qui produisent alors encore plus de colère. C’est le danger de la stricte décharge émotionnelle. C’est‑à‑dire que dans le va‑et‑vient de l’expression de décharge de la colère entre autrui et soi, elle (la colère) se renforce et forme des sortes de nœuds intérieurs qui vont se cristalliser, devenant beaucoup plus difficile à défaire et à transformer et mettant beaucoup de temps à disparaître.
Nous avons une forte tendance à imputer la responsabilité de nos tourments à autrui. Nous ne comprenons pas que la colère est avant tout notre affaire et qu’une analyse en profondeur permettrait de découvrir que les graines de la colère se trouvent en soi.
Thich Nhat Hanh propose la métaphore de l’incendie pour aider à mieux comprendre l’enjeu :
« Si un incendie ravage votre maison, nous dit-il, la chose la plus urgente à faire est de tenter de l’éteindre, et non de courir après celui que vous croyez être responsable. Si vous le pourchassez, les flammes réduiront votre maison en cendres. Il ne serait pas sage d’agir ainsi.
Vous devez absolument tout faire pour éteindre le feu. De même, lorsque vous êtes en colère, en continuant à vous disputer avec l’autre personne, en cherchant à la punir, vous agissez exactement comme celui qui court après l’incendiaire pendant que sa maison est dévorée par les flammes. »
Ensuite pour éteindre un incendie, les pompiers, une fois appelés, ont besoin d’un équipement approprié. Il leur faut des échelles, de l’eau et des vêtements qui les protègent du feu. Ils doivent maîtriser de nombreuses techniques tant pour se protéger que pour combattre les flammes.
Quand vous êtes consumé par la colère et que vous revenez en vous, c’est comme si vous entriez dans un incendie. Sans un bon équipement, vous ne pouvez pas vous aider et plus encore, vous pourriez devenir vous‑même victime du feu.
Alors que, comme le dit Jung, « tout ce qui nous irrite chez l’autre pourrait nous aider à mieux nous comprendre. »
Tout à l’heure, Nadia Qalbi va nous conduire dans une expérience profonde de transformation de la colère. Ce qui est proposé maintenant est un petit moment différent, centré sur une expérience avant la transformation, en faisant un retour en arrière sur une période passée de votre vie lors de laquelle vous avez été confrontée à la colère, de manière forte avec une ou des personnes.
- Souvenez‑vous de l’époque, du lieu, de la ou des personnes.
- Maintenant souvenez‑vous du contexte, souvenez‑vous de votre ressenti initial.
- Choisissez d’observer dans cette situation, l’étape lors de laquelle vous étiez complètement emporté dans votre colère, sans recul, sans retour sur vous, juste emporté dans votre ressenti.
- Vous souvenez‑vous dans quel état physique vous vous êtes retrouvé ?
- Vous souvenez‑vous dans quel sentiment ? Dans quelles natures de pensées ? Regardez !
- Pouvez‑vous voir où vous ont conduit vos réactions instinctives ? Portez un regard profond !
- Quelle sorte de colère expérimentiez‑vous dans cette situation ?
Pour Jung, « l’émotion est ce moment où l’acier rencontre une pierre et en fait jaillir une étincelle car l’émotion est la source principale de toute prise de conscience »
Pouvez‑vous vous souvenir de l’instant lors duquel a jailli la toute première étincelle de conscience, dans le cadre de cette expérience de colère ? Ou n’a t‑elle pas jailli dans ce cas‑là ? Peut être a‑t‑elle jailli plus tard dans une autre situation de votre vie...
Car tant que l’étincelle ne jaillit pas, les expériences de colère se représentent jusqu’à ce que ce qui cherche à être entendu puisse enfin être saisi.
Jung le dit en allant plus loin encore : « Ceux qui n’apprennent rien des faits désagréables de leur vie forcent la conscience cosmique à les reproduire autant de fois que nécessaire pour apprendre ce qu’enseigne le drame de ce qui est arrivé. »
Comment aller vers la transformation ?
Alors comment faire, comment aller vers la transformation ?
- Quand la colère se manifeste, le premier pas est de reconnaître sa présence et d’accepter d’en prendre soin. Il est conseillé de ne rien dire et de ne rien faire sous son emprise, car dans le cas contraire, tout ce que l’on dit ou fait détériore généralement encore plus la situation.
- Revenir en soi en conscience, une conscience qui ne cherche ni à la combattre ni à la faire disparaître.
- Puis comme pas suivant, avoir recours à la pratique d’un regard profond. Cela va permettre d’appréhender en conscience la situation, de mieux comprendre les difficultés des autres et leurs désirs profonds.
- C’est de la compréhension que peut naître le plus grand apaisement. Une autre énergie peut être invitée et là, en cette étape, grâce à l’attention portée sur notre souffle, l’« équipement approprié » est alors la compassion, qui peut être nourrie et maintenue vivante.
- C’est en étant pleinement présent, attentif, conscient de ce qui se passe, que nous pouvons nous relier à l’énergie de Bouddha, de Jésus, du Saint Esprit, ou de la Pleine Conscience, grâce au fait d’être conscient de la respiration.
« Lorsque l’on pratique la respiration consciente pour maîtriser notre colère,
nous sommes sous la protection du Bouddha »
nous dit Thich Nhat Hanh. Nous pouvons imaginer que Tara, Marie, Jésus, Mohamed ou le Saint‑ la Sainte ou Prophète de notre choix, nous enveloppe de sa grande compassion et de son amour.
« Nous pouvons transformer notre mer de feu intérieur en un lac de fraîcheur. »
Thich Nhat Hanh
- Nous allons pratiquer la respiration de la purification avec le feu. (Inspir par la bouche ‑ Expir par le nez)
- A l’Inspir : une flamme monte du chakra de la base dans le hara, (deux doigts sous le nombril) puis dans le plexus solaire.
Nous sommes conscient de la combustion en nous. L’oxygène que nous inspirons permet la combustion, dans nos cellules, du carbone que nous avons absorbé par notre alimentation. Nous laissons s’intensifier le feu dans la base rouge braise, dans le hara orange et dans le plexus solaire jaune soleil. - A l’expir : c’est dans le cœur que le feu va se transmuter en lumière.
Ainsi, ce qui est augmentation de chaleur dans les centres énergétiques inférieurs va être transmuté en lumière à partir du cœur en s’élevant le long de la colonne vertébrale. Le feu a la capacité de transformer ce que nous croyons être (notre ego) pour que notre lumière intérieure devienne active, et se révèle, pour que la Lumière divine se manifeste.
- A l’Inspir : une flamme monte du chakra de la base dans le hara, (deux doigts sous le nombril) puis dans le plexus solaire.
- Il y a des qualités divines que l’on peut développer et qui peuvent aider à la transformation de la colère. Nous allons invoquer les noms de ces qualités divines en les répétant.
Pîr Vilayat nous disait souvent : « Quand nous répétons un nom divin, un wasifa, nous pensons que c’est nous qui découvrons le divin dans notre personnalité, mais il faudrait ajouter que nous découvrons la nature divine par le fait de L’actualiser. »
Les soufis en effet affirment que du fait de L’actualiser, on Le découvre. Les attributs divins sont le pont entre la Splendeur divine derrière l’Univers et Sa Manifestation dans l’Univers. C’est pourquoi les soufis attachent une telle importance aux wasaïf.- Al Tawwâb Celui qui ne cesse de faire retourner est Celui qui fait revenir d’un état à un autre état. Celui qui fait revenir l’homme à la conversion. C’est aussi la qualité de Dieu qui accepte le repentir. Et parmi les serviteurs qui se revête de cette qualité, celui qui retourne sans cesse est celui qui renonce à lui‑même et à toute autre chose, en revenant vers son Seigneur.
- Al Shahîd Le Témoin Universel. Celui qui est présent et qui te voit. Il est le Témoin qui témoigne de toutes les choses et qui est présent à toute chose. « Adore Dieu comme si tu Le voyais, car, même si tu ne Le vois pas, Lui te voit ».
- Al Sabûr Dieu Patient. Celui qui, même s’il est très offensé, se retient en s’abstenant d’exercer des représailles à leurs offenses, bien qu’ Il ait le pouvoir de l’exercer.
- Ya Tawwâb ‑ Ya Shahîd ‑ Ya Sabûr 11x puis fikr et fikr‑as‑sirr.
Et puis bien sûr, dans le processus de la transformation, advient le pardon, Al Ghafûr, grande étape, si essentielle qu’elle cherchera tout au long de la vie, et jusqu’à la fin, à se frayer une voie pour s’actualiser... - Al Ghafûr Celui qui pardonne tout, Celui qui déploie le voile protecteur du pardon qui couvre les fautes. « La rancune nous emprisonne au niveau personnel, le pardon nous libère pour que nous puissions nous approcher de la lumière au‑delà des limitations du niveau existentiel. Nous avons le choix. » Pîr Vilayat Inayat Khan.
« Celui qui veut s'élever dans les mondes de lumière céleste doit tout d'abord surmonter son ressentiment, puis changer sa conception de la lumière en déplaçant son attention de la base physique de la lumière vers ses dimensions indescriptibles et sublimes au‑delà de la condition existentielle, et ensuite, au lieu de s'identifier à son aura, s'identifier à la lumière de son intelligence. On apporte alors, par l'éclat de ses yeux, une lumière céleste sur la terre. »
Pîr Vilayat Inayat Khan
- Ya Alî Le Très‑Haut, L’Elevé , Le Sublime.
- Ya Nûr La Lumière, Celui qui illumine.
- Ya Alî ‑ Ya Nûr (3x)


